Vendre et promouvoir le vignoble genevois


Les vigneron-ne-s genevois-es ont entrepris, depuis les années 90, une mue qualitative sans précédent. Aujourd'hui, une bouteille genevoise estampillée "AOC" offre un excellent rapport qualité-prix dont le canton peut être fier. Mais, si le goût est au rendez-vous, les ventes ne suivent pas, dans un marché local et national qui importe toujours plus de vins étrangers. En partenariat avec les associations sectorielles, l'Etat doit accompagner les vignerons et vigneronnes dans la promotion de leurs crus et dans l'évolution de leur modèle économique.

Depuis des générations, les vigneronnes et les vignerons contribuent à inscrire la vigne dans l'ADN de Genève. Pour l’économie, les quelque 1'400 hectares de vignes et les 10 millions de litres encavés annuellement font du canton de Genève le troisième plus grand producteur de vin de Suisse. Mais cette relation entre le vin et la population genevoise n'est pas uniquement matérielle, elle est aussi émotionnelle.

Fruit de deux millénaires de travail passionné, le vignoble genevois est un subtil assemblage de tradition et d'innovation. Sa créativité prend forme sans se nommer. Elle se matérialise dans les vignes et dans les cours des domaines. Elle est incrémentale, ingénieuse et concrète. L’un des exemples concrets de cet héritage, est le récent partenariat entre l'entreprise genevoise Wecan Group et le Domaine du Paradis, offrant un suivi numérique - grâce à la technologie des registres distribués (blockchain) - du contenu des bouteilles de vin, du raisin jusqu'au verre.

La tradition d'innovation du secteur vitivinicole

Les artisans de la vigne ont entrepris il y a 25 ans un travail de fond pour augmenter drastiquement la qualité de leur production. Le domaine viticole genevois compte aujourd'hui plus de quarante cépages, primés chaque année – la dernière édition du Grand Prix du Vin Suisse en est la preuve – et mis en bouteille au domaine. Cette évolution découle d'un professionnalisme, d'une technicité et d'une ouverture d'esprit toute helvétique, qui suscite l'admiration des spécialistes et des amateurs.

La créativité viticole se matérialise également dans les processus de culture et l'accès aux fûts. Il y a 32 ans avait lieu la première édition des Caves ouvertes genevoises. Cette première en Suisse avait pour but de rapprocher les producteurs-trices des amateurs-trices de vin. Aujourd'hui, fort d’un succès grandissant, ce sont 80 entreprises viticoles qui ouvrent chaque année les portes de leurs domaines à la population et aux visiteurs étrangers.

Cependant, durant la même période, les ventes de vins n'ont pas suivi la courbe de l'évolution qualitative. La situation économique du secteur est préoccupante et sa capacité d'innovation ne suffit plus à garantir des revenus corrects aux producteurs-trices. Cette dynamique est d'autant plus paradoxale, que la cuvée 2018 a promis d'être exceptionnelle, à la fois en termes de qualité et de quantité. Selon les vignerons et vigneronnes romand-e-s, la récolte 2019 pourrait même la concurrencer.

La réputation n'est pas à la hauteur de la qualité

 Plusieurs éléments sont à l'origine de ce surplus endémique: tourisme d'achat, concurrence des vins étrangers meilleurs marché, consommation en baisse, faible présence dans les grandes surfaces, et surtout maintien de quotas d’importation élevés par le Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO). Une autre cause essentielle se trouve dans le manque de (re)connaissance du vignoble genevois auprès de la population locale et nationale. Sur l'ensemble de la Suisse, seul 35% du vin consommé est suisse, et cette part ne cesse de diminuer. Les vins genevois étant souvent méconnus des consommateurs-trices helvétiques, et plus spécifiquement, des consommateurs-trices suisses alémaniques, qui ne représentent qu'une infime partie de la consommation nationale.

Le métier de vigneron-ne est le fruit d'un savoir-faire ancestral. Nombreux-ses sont celles et ceux qui ont compris que ce métier  était aujourd'hui en pleine évolution et que la créativité faisait plus que jamais partie de son corps de compétences. Dans ce secteur également, l'Etat peut soutenir et appuyer ce changement.

C'est en ce sens que j'ai décidé d'engager le Département du développement économique (DDE) à réfléchir à une large palette d'actions allant de la création d'une œuvre oenothèque cantonale à l'adaptation des contingents auprès du SECO. Tous ces projets doivent bien entendu être portées d'une même voix par l'Etat et les représentant-e-s de la branche afin de les prioriser.

Repenser le tourisme en termes d'offre viticole

Il faut surprendre! Si le problème de visibilité du vignoble genevois est pris en main, sa notoriété auprès du grand public en bénéficiera directement. Et des atouts à montrer, Genève n'en manque pas. Alors que les produits du terroir favorisant les cycles courts et permettant l'interaction directe avec les producteurs-trices prennent de l'importance, le lien entre l'urbanité et la nature, dont Genève est une vitrine, doit être revendiqué.

Il n'y a pas beaucoup d'autres villes internationales où, en quinze minutes du centre, il est possible de déguster un vin primé dans un village de culture viticole, entouré de vignes et offrant une vue imprenable sur la région. C’est l’accessibilité à ce tourisme viticole qui doit être pensée, car il s’agit d’une opportunité de faire découvrir le terroir et les produits du vignoble genevois à nos compatriotes et aux touristes.

C'est sur cette base que le Département du développement économique, les vigneronnes et les vignerons genevois-es, l'Office pour la promotion des produits agricoles de Genève (l'OPAGE), ainsi que Genève Tourisme et Congrès, se sont associés pour concevoir un projet pilote de campagne promotionnelle "coup de poing", en début d'année 2020. Si les résultats de cette initiative en préparation s'avèrent positifs, un dispositif d'envergure nationale sera alors développé.

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