Ce que révèlent les votations du 24 novembre 2019

 

Projets d’aménagement au Petit-Saconnex et au Pré-du-Stand, développement de l'aéroport, logements pour tous… et recomptage: près des deux tiers des Genevois-es ne sont pas allés voter dimanche passé. Une profonde introspection s’impose, si l’on veut espérer renforcer le débat démocratique et aborder les prochains scrutins - dont celui sur la libre circulation (17.05.2020) - avec une réelle volonté de rassembler.

J'ai été interpellé par de nombreux Genevois-es sur le vote très serré du Pré-du-Stand: le projet, d'abord accepté par 15 voix d'écart, a ensuite été déclaré refusé à 9 voix. On m'a demandé comment le résultat du vote avait pu changer aussi facilement. Cet écart inédit a donné lieu à un recomptage des bulletins par les services de la Chancellerie sous le contrôle de la Commission électorale centrale, le lundi 25 novembre. J'ai rappelé que la lecture optique des bulletins est extrêmement fiable et que ce sont souvent les bulletins de vote reçus de l'étranger, ainsi que les votes qui sont opérés le dimanche matin, qui font l'objet de recomptages dans des tas, soit seulement 10% de bulletins au maximum.

A mon avis, ces résultats très serrés et le taux d'abstentionnisme d’environ 65% (près des deux tiers des Genevois-es ne sont pas allés voter !) devraient nous inciter à réduire le nombre de sujets de votation simultanés, à accentuer l'effort de vulgarisation par le renforcement de la formation civique, et à impliquer beaucoup plus le Gouvernement dans le débat précédant la votation. Ce que ces citoyen-ne-s genevois-es m'ont dit, c'est que quand les sujets sont trop techniques, ou présentés dans un paquet ficelé, et que le Conseil d’Etat ne s’implique pas, il y a une méfiance, voire un refus du peuple à faire entendre sa voix. Dans le cas d’espèce, le faible écart entre les camps du OUI et du NON associé à l’abstentionnisme massif illustre la déconnexion croissante entre autorités et population.

L'aéroport doit rester un atout

En obtenant 56% des voix en faveur de l'initiative sur l’aéroport, les initiants ont déclaré que les Genevois-es avaient exprimé leur opposition à la croissance de l'infrastructure aéroportuaire. Ce qui est ressorti des urnes, c'est surtout le besoin d'un cadre contraignant pour les nuisances dues au bruit. Le peuple a le droit de l'exiger, même s'il faut rappeler que c'est dans le cadre légal fédéral qu'est fixée la diminution de la courbe sonore. Or il s'agit d'une gouvernance complexe et la fiche PSIA, établissant la planification de Cointrin, a été acceptée par le Canton et la Confédération en 2018; elle ne pourra pas être renégociée dans l’immédiat. Les problèmes liés à la pollution atmosphérique doivent être réglés en travaillant de concert avec les entreprises aéronautiques. Nous l'avons fait avec Swiss et EasyJet, qui se sont engagés à repenser leur flotte afin que celle-ci consomme moins et réduise ses émissions sonores.

Quant au volet fiscal, la taxe carburant sur le principe du pollueur-payeur est une bonne chose. En revanche, je suis pour ma part défavorable à la taxe sur les billets d'avion, pour la simple et bonne raison que celle-ci ne réduira pas la pollution. Elle risque au contraire d'avoir un effet pervers, en faisant de l'aéroport une infrastructure pour les plus privilégiés: celles et ceux qui ont les moyens, voyageront toujours autant. L'Etat doit défendre l'impôt progressif, pour le maintien des tâches régaliennes. Or ces taxes non progressives touchent toutes les catégories de la population, quel que soit le niveau de revenu imposable. Ce n’est là que le début du combat contre la création de nouvelles taxes qui seront problématiques car elles ne repartiront pas l’effort équitablement.

Repenser l'aménagement du territoire

Les deux projets de densification (déclassement en zone ordinaire du quartier des Crêts au Petit-Saconnex et Pré-du-Stand), refusés ce week-end, ont failli à convaincre. De nombreux échotiers se sont exprimés pour dire qu'il s'agissait du rejet de la population envers une croissance exacerbée ou en affirmant que la croissance comme moteur de notre économie appartenait au passé. Rappelons que le besoin en logements est criant dans notre canton et que ce résultat va priver les habitant-e-s de Genève de 200 logements à loyer abordable. Au lieu-dit "Pré-du-Stand", le déclassement des 12,8 hectares de terres agricoles aurait en outre permis de construire 90'000 m2 de surfaces dévolues à l’économie, avec un pôle foot destiné au Servette FC qui aurait ainsi quitté Balexert, et pour construire le nouveau cycle du Renard, très vétuste. Le risque de la politique voulue par les référendaires est de servir les intérêts de celles et ceux qui défendent une Suisse repliée sur elle-même, sans perspective ni dynamique propre.

Ce refus de participer à l'effort collectif, qui s'illustre par le fameux not in my backyard (NIMBY), s'est déjà cristallisé en 2014, autour des  défenseurs de l'Initiative Ecopop, lancée par l'association Ecologie et population. Même si le NON avait atteint 74,1%, à l’époque, nous devons rester vigilants, surtout à l'heure où l’accord cadre n'a pas encore été ratifié et quand notre canton est le premier de Suisse en termes de main d’oeuvre frontalière. Le lien pernicieux entre décroissance, préservation des ressources naturelles et volonté de réduire drastiquement l'afflux des migrant-e-s est non seulement dangereux pour notre canton, mais il ne résout absolument pas le problème des Genevois-es en termes de pollution ou de logements.

Le courage de l'intérêt du plus grand nombre

La réponse consistant à geler la densification dans la zone villas, pour le développement de résidences contigües ou de petits immeubles de trois étages - en lieu et place des maisons individuelles - n'est évidemment pas suffisante. Elle procède d’une approche par à-coup, avec des changements de pratique à 180 degrés du jour au lendemain, sans vision globale ni consultation préalable des milieux concernés. L'Etat devrait mettre en place une action transversale sur l'aménagement et défendre une construction pour toutes les catégories de la population, que ce soit à travers des PPE, des logements à loyer abordable ou des coopératives d'habitation. L’exercice de consultation ne doit pas être un alibi. Il faut avoir aussi le courage de l'intérêt prépondérant de la population; et l’afficher.

Le peuple a dit sa volonté d'avoir des espaces de vie verts, des lieux intergénérationnels qui favorisent le vivre-ensemble, mais qui ne soient pas des constructions en cubes, laids et sans chaleur. Dans les derniers projets d'aménagement, des communes ont refusé de densifier, parfois sans motif affiché. Cette absence de justification entérine l'arbitraire et dans ces cas-là, le canton devrait pouvoir trancher. Les Genevois-es ont été déçus par certains projets d'aménagement, dont la qualité n'est pas avérée. Prouvons-leur que le devenir de notre canton est ouvert sur un développement qui profite à chaque citoyen-ne et que les solutions ne sont pas celles de la préservation de pré-carrés pour celles et ceux qui s'accommodent très bien du statu quo, car celui-ci n'est plus viable.

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